Luc Vigier, « Chypre, séparation » (2007)

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A l’heure où s’entrouvre le mur qui sépare en deux entités l’île de Chypre, on songe aux pages qu’Aragon y consacra dans La Mise à mort (1965), en réaction « contemporaine » aux violents affrontements de 1963 et 1964, qui aboutiront, en 1974, à l’édification d’un « mur », la « Ligne verte », séparant la communauté sous contrôle turc et la communauté chypriote grecque:

« Allons, allons ça recommence! Anthoine et moi nous lisions avec passion les journaux, les nouvelles de cette guerre étrange de 1964, les Grecs, les Turcs, les Casques bleus…Anthoine ne sort pas de cet étrange cycle contemporain. Pour moi, les événements d’aujourd’hui ne m’intéressent que pour ce qu’ils sont reflets d’une longue histoire. » (La Mise à mort, coll. »Blanche », p. 31)

Associée à la thématique de la séparation, de la jalousie d’Othello (la pièce de Shakespeare a lieu en partie à Chypre), de la division de l’identité mais aussi, tacitement, au mur entre l’Est et l’Ouest, la tragédie chypriote trouve des résonnances métaphoriques et historiques tout à fait étonnantes dans ce roman qui s’interroge aussi sur la place de l’homme dans l’Histoire, au moment où le monde ne lui renvoie plus de « reflet ».
(LV)

Pour réagir : luc.vigier@univ-poitiers.fr

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L. V.

Luc Vigier, maître de conférences à l'Université de Poitiers