ERITA et la SALAET écrivent à la Présidente de la BNF

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Le 6 octobre dernier, sur sa page officielle Facebook, la BNF présentait un drôle de portrait d’Elsa Triolet (voir image jointe).
Voici la réponse co-rédigée par l’ERITA et la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet (SALAET)


RÉPONSE À UNE DÉSOLANTE PRÉSENTATION

à Laurence Engel, Kévin Riffault, Pascal Ory, Olivier Wagner

C’est à notre grande stupéfaction que nous découvrons, dans une publication de la BNF parue sur sa page officielle Facebook le 6 octobre 2020 à 20 heures, la présentation de l’écrivaine Elsa Triolet dont il s’avère évident, pour toute personne un peu informée de la vie littéraire, qu’elle est indigne d’une publication de la BNF.
Commençons par corriger une contrevérité : la romancière Elsa Triolet n’a JAMAIS été membre du Parti communiste, jamais. Il n’est d’ailleurs que de lire les romans d’Elsa Triolet pour se convaincre, assez rapidement et assez facilement, que ces romans ne sont pas portés, des années 1930 aux années 1960, par une militante du Parti communiste.
D’autre part, nous sommes assez stupéfaits qu’il puisse être écrit que « le style d’écriture » de cette romancière soit « le réalisme socialiste ». A moins que les mots ne veuillent rien dire, où sont donc, dans les romans d’Elsa Triolet, les héros positifs, l’optimisme de l’avenir, la défense et la réussite du prolétariat, les descriptions documentées de la société de classes ? Et comment peut-on donc affirmer qu’elle est « tombée dans l’oubli » ? Si l’ombre relative dans laquelle elle se trouve est celle de plus d’un romancier de son époque, elle est pourtant régulièrement publiée chez Gallimard en collection Folio, et un de ses romans a été récemment adapté pour l’écran par le cinéaste israélien Amos Gitai (2011) !

Mais le plus scandaleux n’est pas ici.

Le plus scandaleux est encore que la BNF présente, pour des raisons dont les plus excusables seraient tout simplement l’ignorance et la paresse intellectuelle, Elsa Triolet comme une stalinienne, et même comme une stalinienne non repentie. C’est faire injure à son œuvre, injure à sa critique du dévoiement qu’a été le stalinisme. Et il est scandaleux que ce soit une institution officielle comme la BNF qui véhicule, dans une prétention toute tranquille, des contre-vérités aussi insultantes, insultantes pour la littérature, insultantes pour la vérité historique, insultantes pour ce que doit être une mission d’intérêt public chargée de faire connaître la littérature au plus grand nombre. En caricaturant de la sorte une autrice, et en la calomniant de sorte à ce qu’on fasse, en plus, un lien entre les idées politiques (fausses, donc) qu’on lui attribue et sa valeur littéraire, cette publication reproduit exactement les procédés des cénacles officiels de l’Union soviétique stalinienne, celle justement dont Elsa Triolet dénonçait les vices.
Nous aimerions recevoir l’assurance que cette publication qui engage la BNF s’est faite à l’insu de sa direction.
Mais nous voulons surtout qu’un désaveu formel émanant de la direction de la BNF soit publié pour que la vie et l’œuvre d’Elsa Triolet ne soit plus dénaturées et insultées par une institution officielle de la République française qui, rappelons-le, se trouve chargée de la conservation des archives d’Elsa Triolet.
En attendant, nous nous réservons de faire largement connaître le scandale de cette présentation.

Au nom de l’Équipe de Recherche Interdisciplinaire Triolet/Aragon (ERITA), son président, Hervé Bismuth ;

Au nom de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet (SALAET),
son secrétaire général, François Eychart.

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H. B.

Hervé Bismuth, maître de conférences à l'Université de Bourgogne