CR par Suzanne Ravis de : Agnès Verlet, Les aventures du dernier Abencérage », Gaiimard, 2006.

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abencerage.gifFrançois René de Chateaubriand
Les aventures du dernier Abencerage

Lecture accompagnée par Agnès Verlet
Maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille I

La bibliothèque Gallimard, éd. Gallimard, 2006 , 128 pages.

La bibliothèque Gallimard, collection conçue pour faciliter aux jeunes lecteurs l’accès à des textes ou mouvements littéraires grâce à un accompagnement pédagogique bien choisi, propose sous la signature d’Agnès Verlet, spécialiste reconnue de Chateaubriand, une « lecture accompagnée » des Aventures du dernier Abencerage. On y trouve une introduction séduisante et dense à cette courte nouvelle hispano-mauresque, « récit autobiographique déguisé » (A.V.).
Elle se prolonge par les échos de Chateaubriand chez Proust et Aragon : « c’est surtout dans Le Fou d’Elsa (1963) qu’Aragon s’inscrit dans la trace de Chateaubriand par un jeu intertextuel avec le Dernier Abencerage« , écrit A. Verlet, après avoir signalé la présence de Chateaubriand dans La Semaine sainte. Cette intertextualité apparaît en effet dès la prose liminaire du Fou d’Elsa (pages 16-17 de l’édition originale, 17-19 en Folio), où la référence à Chateaubriand introduit deux thèmes très importants : celui de la « censure que l’écrivain croit devoir s’imposer », qui le conduit à passer par la fiction romanesque et la poésie pour « révéler de façon détournée une vérité de l’Histoire » (A.V.), et celui des falsifications de l’histoire-légende. « De quels mensonges s’écrit ainsi l’histoire, il ne semble pas que les siècles y aient rien changé » (Aragon). L’ouvrage rappelle aussi l’épisode mystérieux de la rencontre amoureuse, à Grenade, de « François-René » et Natalie de Noailles ; l’espoir né du couple uni, célébré dans le poème d’Aragon « Le rendez-vous », sera démenti par le texte suivant, « Les temps du couple ne sont pas venus ». Le Fou d’Elsa est également rapproché de Chateaubriand pour l’exaltation de la culture arabo-andalouse et pour certains aspects de son écriture : « la diversité des styles, des registres », le jeu avec « les références littéraires », « le mélange des genres et l’usage de la métaphore pour dire l’Histoire et raconter son histoire » (A.V.).
Dix pages du petit volume sont consacrées ainsi à un prolongement vers Aragon, dont sont offerts à la lecture plusieurs longs et beaux extraits du Fou d’Elsa. Gageons qu’ils seront pour beaucoup d’enseignants et de jeunes lecteurs une révélation.
Suzanne Ravis


L. V.

Luc Vigier, maître de conférences à l'Université de Poitiers