Matisse, roman et poème: « La compagnie des auteurs » de Matthieu Garrigou-Lagrange a reçu Olivier Barbarant.

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Il y a entre Aragon et Matisse une admiration réciproque, même si les deux artistes ne sont pas engagés de la même manière dans leur siècle. Il peut paraître étonnant qu’Aragon s’intéresse à un artiste moins engagé politiquement, mais c’est précisément le fait que Matisse soit en quelque sorte dégagé de l’horizon historique qui le fascine : « l’évidence du génie lui prouve qu’il y a une puissance de l’art plus forte que celle de l’engagement ». Face aux bouleversements et aux horreurs du XXe siècle, Matisse propose autre chose : « la seule réponse au néant se trouve peut-être dans le fait de décorer l’horreur, de donner de la lumière ». C’est pourquoi Aragon, qui a minutieusement choisi les œuvres représentées dans l’édition de son texte, fait figurer à la toute fin de son livre un bouquet multicolore de Matisse :

« Ainsi s’achève, sur cet éclatement, ce bouquet d’artifice, sur ce feu de signes végétaux, ce livre que tu ne liras jamais, Elsa (et je me demande pour qui je le laisse aujourd’hui publier), ce livre dont tu n’auras guère connu çà et là que les morceaux parus, car tu ne voulais plus connaître ce que j’y rajoutais que lorsque ce serait fini, que ce serait enfin un livre, que ce serait devenu un livre. – Louis Aragon, Henri Matisse, roman

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