Journée d’étude ÉRITA du 17 novembre 2018

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L’Équipe de Recherche Interdisciplinaire Elsa Triolet / Aragon (ÉRITA) a le plaisir de vous convier à la journée d’étude du samedi 17 novembre 2018 :

Littérature et avènement public de figures individuelles (Elsa Triolet, Alexandra Kollontaï) et collectives (une communauté en crise)

9h30 – « Aragon : de Kollontaï à Clara Zetkin (Les Cloches de Bâle) », Marie-France Boireau, professeur honoraire de CPGE , Agrégée de Lettres, Docteur en littérature française, Université d’Orléans

Dans Les Cloches de Bâle, pour incarner l’esprit révolutionnaire, Aragon choisit Clara Zetkin plutôt que Jaurès dont, d’une certaine manière, il dénonce les positions réformistes avant de faire de ce même Jaurès, dans Les Beaux Quartiers (1936), l’incarnation de la Révolution en marche dans le monde (cf notre article « Le Jaurès d’Aragon »). Mais Clara Zetkin ne supplante pas seulement Jaurès, elle supplante aussi Alexandra Kollontaï, grande révolutionnaire féministe russe que Catherine rencontre lors des obsèques des époux Lafargue, le gendre et la fille de Marx. Kollontaï, première femme ministre au monde, première femme ambassadrice, qui eût pu, incarner « la femme de demain », « la femme des temps modernes » que le romancier « chante » dans les dernières lignes du roman.

Pourquoi ce choix d’Aragon ? Est-ce d’ailleurs un choix ?

Est-ce parce que Clara Zetkin était présente au Congrès de Tours qui vit la naissance du PCF ? Trop simple ! Est-ce parce que Kollontaï, membre de l’Opposition ouvrière, a très tôt dénoncé les risques de l’installation de la bureaucratie au sein du parti bolchevick ? Et pourtant, elle a fait, d’une certaine manière, officiellement allégeance à Staline, ce qui fait qu’elle fut le seul membre de l’Opposition ouvrière à échapper au Goulag ou à la mort. Autre hypothèse : les positions de Kollontaï sur la sexualité eussent été peu prisées en 1934 par un PCF très marqué par une forme de puritanisme, prônant une politique familialiste, alignée sur la politique stalinienne en matière de sexualité, politique stalinienne qui a détricoté certaines mesures révolutionnaires prises par Kollontaï quand elle était ministre.

Quand on étudie le personnage de Catherine en le prenant au sérieux, en refusant de ne voir en elle qu’une jeune femme exaltée, on peut se demander si, d’une certaine manière, Catherine, pour ce qui concerne les relations entre les hommes et les femmes, n’est pas quelque peu fille de Kollontaï. Il y aurait donc une présence diffuse de Kollontaï, via Catherine, comme si, sur le plan de la création s’instaurait une forme de résistance du sujet romanesque, en l’occurrence Catherine, aux idées que le romancier veut officiellement promouvoir via Clara Zetkin.

10h45 – « La Mise en mots et l’arrière-texte : de l’intuition théorique à l’expression poétique », Alain Trouvé, Maitre de conférences HDR, Université de Reims

Quelques mois avant de publier La Mise en mots, premier volume de la collection Les Sentiers de la création lancée par Albert Skira à Genève, avec le concours de Gaëtan Picon, Elsa Triolet écrit à sa sœur et se demande si elle sera à la hauteur d’une entreprise qui annonce de prestigieux concours : « Des noms tous célèbres et honorés, je ne sais pas comment je pourrai me glisser, avec mon groin de cochon, dans une conversation théorique… j’essaierai. » (Lettre à Lili Brik du 16/07/68, Correspondance, Gallimard, 2000, p. 1420). L’humour et l’autodérision ne sauraient sans dommage être pris à la lettre. L’idée de l’arrière-texte qui constitue l’apport novateur d’Elsa Triolet dans la compréhension du mécanisme créatif, fait aujourd’hui l’objet d’une redécouverte dans le champ universitaire. Elle semble tout juste esquissée par la romancière, mais elle trouve dans la matière de son livre une expression indirecte qui répond assez bien à la définition qu’elle-même donne de la poésie du roman : « elle est le courant chaud qui passe dans ses profondeurs, change sa température, sa faune et sa flore, elle est fondue dans sa masse, sel et sucre et rêve du créateur » (p. 60)

14 h – « Blanche ou l’oubli : le hors-champ pour inventer le monde », Mathilde Noëlle Mougin, Universités de Grenoble et de Heidelberg

Blanche ou l’oubli est un roman à la portée politique double : si la tragédie de l’année 1956 se dit par le biais des collages et des citations, c’est également la possibilité d’un nouveau communisme qui s’élabore de fragment en fragment, dans les discontinuités narratives. Les rapports souterrains qui unissent Shakespeare, Joyce et Matisse opèrent en effet un déplacement du regard dans lequel se joue déjà l’invention d’une nouvelle conception communiste du monde.

Le séminaire est ouvert à tous.

Il sera suivi d’un temps réservé aux adhérents de l’ÉRITA.

15h30 – Vote (renouvellement du bureau, sont concernés tous les adhérents de l’ÉRITA)

16 h – Atelier « Réception d’Aragon » (sont concernés les membres de l’ÉRITA impliqués dans le projet dit « 14 Juillet »)

Lieu : Université Paris Diderot- Paris 7 Halle aux Farines, salle 164 E, hall C, 1er étage, 15 esplanade Pierre Vidal-Naquet 75013 Paris
Métro Bibliothèque François-Mitterrand (ligne 14)


P. P.

Patricia Principalli, maître de conférences à l'Université de Montpellier